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La représentation du génie dans Malcolm

Frankie Muniz (Malcolm) dans la série "Malcolm" (photomontage). © DR
Malcolm n’est clairement pas la première série qui met en scène l’univers scolaire, ni à avoir un surdoué pour personnage principal. L’école (dans beaucoup de sitcoms pour adolescents) et les génies (dans beaucoup de séries policières et médicales) sont même des thèmes très répandus dans la fiction télévisuelle.  En revanche, plus rares sont les séries qui traitent les deux sujets de front, et surtout, avec autant de pertinence et de justesse psychologique, sans jamais sacrifier l’humour. Le postulat d’un petit garçon surdoué malgré lui, et malheureux de son sort, permet à la série d’explorer le très ancien motif du « génie maudit », tout cela sur fond de « sociologie scolaire » finement observée.

Alors que tant de personnes – et de personnages de fiction – déplorent leur « normalité », craignent d’être ordinaires, et luttent pour se démarquer (talent, pouvoir, actions, esprit, parole…), on a ici affaire à un personnage qui assume complètement une volonté de conformisme scolaire. Malcolm veut être intégré, accepté, aimé, voire même, convoite l’inaccessible « poste » de mec cool et populaire de l’école/collège/lycée. Un rôle qui lui est instantanément interdit dès lorsqu’il entre dans ce cercle très fermé et pestiféré des intellos et des surdoués.

Il n’est pas inutile, à cet égard, de rappeler en passant que Malcolm est une série du tout début des années 2000, créée par un homme né au milieu des années 50. On est donc bien avant le renversement de situation qui vit le sacre du « geek » au cours des années 2010 (et dont The Big Bang Theory est le plus frappant témoignage). Être un surdoué, un nerd en science, avoir pour loisir la fabrication de robots, l’astronomie, la lecture de SF ou les expériences scientifiques, cela n’avait absolument pas le « charme » que cela a pu gagner ces dernières années, c’était la « honte » assurée et  un gage de marginalité.

Sociologie scolaire

La série se lance ici d’entrée sur un de ses créneaux les plus forts, ce qui va faire non seulement l’un de ses plus puissants axes humoristiques mais aussi l’originalité et l’intelligence de son propos : la « sociologie scolaire ». Loin, bien loin du traitement secondaire, idéalisé et superficiel de l’école dans de nombreuses autres séries mettant en scène des adolescents.

Quiconque se souvient assez de ses années de primaire, de collège et de lycée, sait que l’école est un petit monde clos où des individus « contraints » (elle est obligatoire, et tout le monde n’est pas heureux d’y être !) sont enfermés ; d’où le terme « bahut » et autres parallèle avec le milieu carcéral (les « pions » qui font office de « matons »). Hors de la surveillance des professeurs et du cadre studieux des cours, la loi de la cour de récréation peut être dure, des groupes, des clans et des hiérarchies s’instaurent, reposant sur des critères d’intégration et d’exclusion arbitraires (physique, look, mentalité, niveau scolaire, origines sociales, expérience sexuelle…). On sait comme ce petit monde, préfiguration de celui des adultes, peut être rude et cruel (harcèlement, isolement, moqueries, discrimination, etc.). La loi du plus fort prime, mais le plus fort en quoi ? Le statut de chacun en dépend. Et c’est toute l’originalité et l’aspect presque visionnaire de la série, d’avoir traité de front ces thématiques, sans jamais sacrifier l’humour, mais au contraire en l’utilisant comme allié.

Malheureusement pour Malcolm, le monde scolaire marche un peu sur la tête ; dans un renversement de valeurs très nietzschéen, l’intelligence et la valeur intellectuelle, qui sont a priori les atouts pour un parcours scolaire agréable et réussi, deviennent de véritables tares, des marques d’exclusion et de détestation dans un milieu où, à l’opposé du monde des adultes culpabilisant l’échec et le déclassement, l’excellence doit s’excuser devant la médiocrité (plus encore sans doute dans le système scolaire américain, célèbre pour favoriser les élèves tant qu’ils sont bons en sport et qu’ils rapportent des coupes et de la publicité gratuite à l’établissement par leurs exploits sportifs !)

Malcolm en fait d’ailleurs directement les frais à son immense dépit, lorsqu’il doit aider un certain Igor, cliché du quater back sympathique mais décérébré, à écrire une rédaction déterminant son avenir dans une prestigieuse université (5.15). Ironie grinçante, non seulement Malcolm a dû écrire le devoir à la place du simplet, mais en plus découvre qu’il a été accepté d’office sans que le devoir fût lu. Un exemple parmi tant d’autres de comment la série parvient à faire éclater de rire, tout en appuyant là où ça fait mal et en faisant passer ses messages. La recette parfaite de la satire, en outre !

Frankie Muniz (Malcolm) et Jonny Acker (Igor) dans « Enfin seul ! » (saison 5, épisode 15).

Cette sociologie scolaire remarquablement orchestrée par la série au gré des situations et des personnages, sans jamais alourdir son propos mais toujours au service de l’humour, trouve une de ses plus mémorables manifestations dans l’épisode où l’équilibre social du collège est complètement rompu dès lors que les têtes d’ampoule sont obligées de se mêler aux élèves ordinaires (3.21). Les surdoués s’intègrent chacun dans un groupe différent, représentant des tendances, des modes et des clichés bien connus de tous dans les écoles : les skaters, les balaises, les gothiques, etc. L’ennemi commun que sont les surdoués a disparu. C’est comme un écosystème où une espèce s’est éteinte : la chaine alimentaire est perturbée. La concorde laisse vite place au chaos général, à la guerre de tous contre tous. Dans une héroïque tentative, Malcolm tente de diriger l’agressivité collective vers le véritable ennemi commun : la direction de l’établissement, mais ce sont les têtes d’ampoule qui retrouvent leur statut initial de pestiféré… pour la paix de tous, au prix de la leur !

Malédiction du génie

Dès le tout premier épisode, et jusque très tard dans la série, Malcolm ne vit pas son intelligence comme un don, mais comme une véritable malédiction. Une relation paradoxale qui n’est pas sans rappeler celle des super-héros à leurs super-pouvoirs. Des personnages comme Spiderman n’ont pas choisi de devenir ce qu’ils sont, et doivent passer par une phase d’acceptation et de maîtrise de leur nouvelle nature, un renouvellement d’identité, et la perte d’insouciance que cela crée dans leur existence, jusqu’alors légère, d’adolescent lambda.

En présentant Malcolm comme un garçon à la fois très imbu de son intelligence (arrogance, condescendance, narcissisme) et en même temps victime d’elle et lui attribuant tous ses malheurs (isolement, échecs sentimentaux, mal-être), la série l’inscrit dans une véritable tradition de personnages de fiction, ces génies rendus misanthropes et irascibles par leur esprit supérieur les vouant à trouver les autres médiocres, à évoluer dans un monde trop lent et trop bête pour eux, méprisant les autres et en même temps dans un état de dépendance exacerbé vis-à-vis d’eux, sujet de terribles accès de dépression ou d’ennui quand ils ne sont pas suffisamment stimulés intellectuellement. Ces personnages, ce sont ceux de Sherlock Holmes et de Dr House, par exemple, l’un n’étant d’ailleurs que l’avatar médical de l’autre. Ces personnages ne sont eux-mêmes que des transpositions de cas réels que furent de nombreux artistes, écrivains et philosophes, à la fois bénis et maudits par leur don, lui attribuant à la fois leurs plus belles opportunités comme leurs plus terribles échecs ; caressant plus d’une fois le rêve d’être enfin normaux, et en même temps incapables de renoncer à la particularité qui les rend si spéciaux.

Plusieurs fois, au gré des saisons, la série soulève l’épineux paradoxe des « ignorants qui sont bénis » (et donc, des savants qui seraient maudits). En opposant systématiquement un Malcolm intelligent mais aigri à des personnages moins intelligents (voire carrément idiots) mais heureux, le constat est amer et insoluble. Le génie procure des bienfaits évidents, mais il vouerait à être malheureux et éternellement insatisfait. La bêtise est une tare et un frein, mais elle permettrait une forme de quiétude et d’insouciance.

Par rapport à ce dilemme, Malcolm reste longtemps (au moins les 4 premières saisons) sur l’idée que son intelligence lui pourrit la vie plus qu’autre chose, et s’il est loin de la bouder complètement et sait en faire usage avec plaisir, il affiche une préférence très nette pour d’autres préoccupations qu’exceller intellectuellement. Malcolm veut avant tout être accepté, aimé, bénéficier de tous les « privilèges » d’un adolescent normal : avoir des amis « cools » et branchés, faire la fête, avoir des copines, faire des bêtises. En cela, on peut dire qu’il ne se montre absolument pas à la hauteur de son don, et même très superficiel. Comme un certain Will Hunting, au départ…

Frankie Muniz (Malcolm) et Brittany Renee Finamore (Alison) dans « Sois belle et tais-toi » (saison 4, épisode 4).

Ce rejet de son intelligence comme un obstacle au bonheur, Malcolm l’exprime très souvent, au détour de simples répliques désabusées qui font toute la drôlerie et le charme du personnage. La bêtise exaspère Malcolm autant qu’elle le fascine, elle le repousse autant qu’elle l’attire. Ainsi, au-delà des simples mots, le jeune homme va plusieurs fois jusqu’à essayer de devenir bête à son tour, prêt à renoncer à toute intelligence, si cela peut au moins lui permettre d’être heureux et plus spontané. C’est le cas par exemple quand il demande à Reese de lui apprendre à débrancher son cerveau (4.04).

Malcolm est un personnage narcissique (il se le fait reprocher en permanence, l’exemple le plus brutal en la matière, à la fois hilarant et terrible, est la diatribe acharnée de Laurie, un ancien flirt, à son encontre (3.12), mais c’est une narcissique obsédé par les autres et le regard qu’ils portent sur lui. Il est à la fois bouffi d’orgueil, et en même temps n’accède pas à l’autarcie affective, « à la constance du sage » célébrée par Sénèque, du génie serein et imbu de lui-même qui n’a besoin de l’approbation de personne. Malcolm cherche l’approbation, le regard et l’estime des autres… mais est voué à les repousser et s’en faire détester par son attitude hautaine et suffisante. Une malédiction, on vous dit !

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La vie en rose

Bryan Cranston (Hal) et Jane Kaczmarek (Lois) dans "Une vie de chien" (saison 3, épisode 17). © Twentieth Century Fox Film Corporation
Au milieu des facéties et des gags, au milieu de la tumulte et du chaos, n’oublions pas que Malcolm s’est aussi permis quelques histoires d’amour. Que seraient les réunions de famille sans la jolie Piama ? Que ferait Gretchen sans Otto ? Qu’est-ce qui pourrait être plus solide que la relation entre Hal et Lois ? Retour sur les gazouillements de nos héros.

Lois et Hal

Jane Kaczmarek (Lois) et Bryan Cranston (Hal) dans « Malcolm brûle les planches » (saison 2, épisode 9).

À série politiquement incorrecte, couple déjanté ! Ce couple fait de leur mariage un délire quasi constant, mêlant relations sexuelles à outrance et pulsions en tout genre. Prêts à abandonner leur famille pour partir au Mexique dans l’épisode 2.02 – « Il n’y a pas d’heure pour Halloween », à faire l’amour dans une maison en pleine désinsectisation à l’occasion du 1.05 – « Changement de famille » ou encore à sortir malades comme des chiens pour entretenir leur passion (3.17 – « Une vie de chien »), tous les prétextes semblent bons pour donner libre cours à leurs sentiments fougueux. On aura rarement vu un couple aussi déchaîné dans l’histoire de la télévision, en cela qu’il touche presque à la caricature. Leur égoïsme les poussera souvent à préférer une partie de jambe en l’air, quitte à en léser leurs enfants ; on pense à l’épisode de la saison 7.21 – « Le bal de la promo » où Hal ira jusqu’à donner son porte-monnaie à Dewey pour le faire déguerpir et retourner batifoler avec sa douce.

Ainsi peu d’obstacles se seront présentés sur leur route. Hal est incapable de tromper sa femme et va jusqu’à rapporter les avances que lui fait sa nouvelle patronne lors du 5.09 – « Rubrique Lubrique » de la saison 5 . Et lorsqu’une douce voisine est amoureuse de lui aux confins de la saison 7, il n’y voit que du feu. Lois quant à elle ne répond jamais aux avances de Craig et n’est pas particulièrement sensible à celles du commandant Spangler, lors de l’épisode 1.14 – « Le robot tueur ».

Leurs disputes tournent rarement autour de leur relation amoureuse – ou alors juste pour des banalités tel que leur anniversaire de mariage – mais concerne surtout l’éducation de leurs enfants. On pense à ce sujet à l’épisode 2.22 – « Un pour tous » qui retrace bien tous les conflits qu’ils ont eu à ce sujet.

Piama et Francis

Emy Coligado (Piama Tananahaakna) et Christopher Masterson (Francis) dans « Héros malgré lui » (saison 3, épisode 22).

À partir de l’épisode 3.15 – « La grosse surprise ! » (Hal’s Birthday), Francis s’affiche avec Piama, une jeune indienne dont il tombe follement amoureux. Si cette relation n’est pas vue d’un bon œil par la famille du jeune homme – particulièrement par Lois – elle finira petit à petit par s’ancrer dans les mœurs de ce petit monde.

Les scénaristes n’ont pas cédé à la facilité de faire butiner Francis de saisons en saisons et ont décidé de lui trouver une épouse, une vraie, qu’il a gardé jusqu’au dernier épisode. Certes, les deux tourtereaux ont connu des difficultés comme dans l’épisode 5.04 – « Le grand chef » (Thanksgiving) où tout semble être remis en question. Dans l’ensemble cela dit, ils maintiennent le cap et bravent toutes sortes d’épreuves : le courroux de Lavernia, le licenciement du ranch ou encore l’alcoolisme relatif du grand voyageur ne suffisent pas à les séparer.

Même s’il aurait été judicieux de nous épargner quelques intrigues ennuyeuses comme celle de l’épisode 3.16 – « L’entraîneur » (Hal Coaches) où Piama kidnappe le canari de Lavernia, et même si l’on regrette la tournure qu’a pris leur relation vers la fin de la série, ces amoureux ont su donner un peu de piquant à la série. C’est que cette Piama a un sacré caractère !

Gretchen et Otto

Kenneth Mars (Otto Mannkusser), Meagen Fay (Gretchen Mannkusser) et Christopher Masterson (Francis) dans « Zizanie au zoo » (saison 4, épisode 1).

Après un voyage transitif en Alaska, Francis fait la rencontre, dès l’épisode 4.01 – « Zizanie au zoo » (Zoo), de l’adorable couple formé par Gretchen et Otto. Leurs effusions d’amours, qui s’étendent sur les saisons quatre et cinq, les propulse sur une petit nuage cotonneux dont ils ne descendent presque jamais : leurs rares disputes se finissent toujours par une câline réconciliation ! Ces allemands ont su redonner de l’intérêt aux intrigues de Francis et on établi un joli contraste avec la famille de Malcolm. Calmes, gentils, attentionnés, leur autorité revêt une forme inédite pour notre grand frère préféré qui jusque là s’était confronté à de vils personnages (Sa mère, le commandant Spangler ou encore Lavernia). Malheureusement, Gretchen est un peu plus effacées et ne sera séparée de son époux que lors du fameux 4.08 – « Les mystères de l’ouest » (Boys At Ranch). Très souvent, Otto se charge tout seul de donner la réplique à Francis : un choix scénaristique ? Une actrice trop coûteuse ? Mystère.

Quoi qu’il en soit, voici un couple très drôle, attachant, dont on se souviendra comme l’un des meilleurs éléments de la série. Dommage que leur départ ait été aussi grossier et en totale contradiction avec leur attitude en général. Comment ont-ils pu renvoyer ainsi Francis, eux qui jusque là lui avait pardonné la moindre de ses fautes ?

Kitty et Abe

Merrin Dungey (Kitty Kenarban), Bryan Cranston (Hal), Jane Kaczmarek (Lois) et Gary Anthony Williams (Abe Kenarban) dans « Fête foraine » (saison 2, épisode 23).

Abe et Kitty Kenarban auront traversé bien des épreuves durant ces sept ans. D’abord parents modèles au service princier de leur fils, ils finissent par perdre leurs moyens et tout s’envole en éclats : Kitty décide – sans doute épuisée par son rôle de mère et d’épouse parfaite – d’adopter un mode de vie rythmé par la débauche et le laisser-aller, se permettant d’abandonner sa famille au passage.

Abe quant à lui plonge dans la dépression et va jusqu’à transférer ses émotions sur Hal, son meilleur ami dans un fameux épisode où il manque de l’embrasser. Les deux tourtereaux de 1.06 – ”Poquito Cabeza », propres et bien sur eux, s’embourbent dans une histoire d’amour compliquée dont ils ne sortiront pas particulièrement indemne. L’égo d’Abe en prendra par exemple un sacré coup lorsque, dans le 6.05 – « Kitty : le retour », il accepte d’accueillir à nouveau son épouse comme si jamais elle n’était partie. Sa faiblesse habituelle et son besoin d’amour explique sans doute cette attitude ridicule, et peut-être aussi la présence de Stevie qui a plus que tout besoin d’une mère. Ce qui est sûr, c’est que le départ de Merrin Dungey dans la série Alias n’est pas tout à fait étranger à la complexité soapienne de ce mariage.

Nicki et Malcolm

Reagan Dale Neis (Nicki) et Frankie Muniz (Malcolm) dans « Touche pas à ma fille » (saison 4, épisode 6).

Entre ces deux adolescents, les cours de maths finiront en cours de baiser, et durant une bonne partie de la saison 4, Nicki enjolivera le quotidien de son don juan. Son caractère bien trempé et son franc parler font d’elle un personnage très apprécié. C’est sans compter sa relation avec le patriarche local, qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Dommage que Malcolm ait été trop égocentrique pour faire durer cette idylle : au bout d’un moment, la jeune femme craque et décide de rompre.

Alison et Reese

Frankie Muniz (Malcolm), Brittany Renee Finamore (Alison) et Justin Berfield (Reese) dans « Tolérance zéro » (saison 4, épisode 13).

Finalement, on peut parler d’Alison et Reese, un autre couple adolescent de la saison 4 qui touchera à l’un des thèmes principaux de la série : la bêtise. Cette imbécile heureuse, sans doute plus écervelée encore que le caïd, dessert l’image de la blonde sans problèmes. Curieuse de savoir si la météo est meilleure d’une chaîne à l’autre, complètement à côté de la plaque quand Malcolm tente de la faire rire, elle aligne les stupidités et – par conséquent – s’entend à merveille avec Reese. Lorsque Malcolm déconnecte son cerveau, il tentera à son tour de la conquérir. Mais la situation ne durera pas, et jusqu’à ce qu’il finisse par tout mettre en œuvre pour éviter le bal de promo, elle restera en la compagnie du ce grand frère aux écartements par milliers.

La niaiserie n’existant pour ainsi dire pas dans Malcolm, c’est six couples bien particuliers qui ont rythmé la série. De la caricature au danger, l’amour a été mis à rude épreuve durant sept ans ! La série de Linwood Boomer a vraiment joué sur tous les tableaux…

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La French touch

Jane Kaczmarek (Lois) et Bryan Cranston (Hal) dans "Les baby-sitters" (saison 5, épisode 2). © Twentieth Century Fox Film Corporation
La France tout comme la langue française occupent une place privilégiée dans l’univers Malcolm, et notamment lors de la première saison. S’il n’est effectivement pas rare de retrouver des références françaises dans de nombreuses séries américaines, Malcolm France n’a pas résisté l’idée de faire un tour d’horizon de la façon dont la France est traitée dans notre comédie fétiche.

Les produits du terroir

Si un produit typiquement français revient à plusieurs reprises dans la série, c’est bien le vin ! En effet, Hal et Lois en usent et abusent lors de leurs tête-à-tête amoureux, comme en témoigne l’épisode 1.02 – « Alerte rouge » (Red Dress) où Hal choisit un Château Brut de 87 pour un diner romantique qui n’aura finalement même pas lieu.

Bryan Cranston (Hal) et Jane Kaczmarek (Lois) dans « Ma mère, ce héros » (saison 1, épisode 9).

Dans l’épisode 1.09 – « Ma mère, ce héros » (Lois vs. Evil), c’est un autre alcool des contrées françaises qui est mis à l’honneur : le Cognac. C’est lorsque Dewey en dérobe une bouteille au Lucky Aide que les ennuis commencent pour Lois au travail.

La littérature française

Lois honore la classe moyenne à laquelle elle appartient : elle a clairement un problème avec la littérature française ! Dans 1.11 – « Les funérailles » (Funerals), Malcolm apprend à sa mère que c’est Victor Hugo qui est à l’origine des Misérables, à la grande surprise de cette dernière. Quelques années plus tard, à l’occasion de l’épisode final 7.22 – « Malcolm président » (Graduation), Lois n’est toujours pas au point côté littérature française, puisque Malcolm doit la reprendre pour prononcer correctement le nom du célèbre écrivain Jean-Paul Sartre.

Les mots empruntés au français

Justin Berfield (Reese), Erik Per Sullivan (Dewey) et Bryan Cranston (Hal) dans « Le mot de trop » (Rollerskates).

Pour repérer les locutions françaises faites dans Malcolm, il est indispensable de regarder les épisodes en version originale, puisqu’elles passent logiquement à la trappe lors de la traduction en version française. Ainsi, durant l’épisode 1.13 – « Le mot de trop » (Rollerskates), le fameux « Bon appétit » de Hal à Reese et Dewey perd de sa saveur et de son piquant, alors que lors de l’épisode 1.14 – « Le robot-tueur » (The Bots and the Bees), le « Bonsoir » d’origine du commandant Spangler est adapté en japonais.
Dans l’épisode 3.10 – « Sexy Loïs » (Lois’s Makeover), Lois prépare à la famille un gratin de restes. En version originale, c’est d’un « Leftover Parfait » dont il s’agit ! Et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres…

La France en arrière plan

Catherine Lloyd Burns (Caroline Miller) dans « Panique au pique-nique » (saison 1, épisode 7).

Ici, ce n’est pas dans les dialogues que la France est évoquée, mais à travers les décors et les objets. Ainsi, vous vous remarquez que durant l’épisode 1.08 – « Panique au pique-nique » (Krelboyne Picnic), on assiste au Cirque du Krelboyne, laborieusement animé par l’institutrice Caroline Miller.

Merrin Dungey (Kitty Kenarban) dans « Poquito Cabeza » (saison 1, épisode 6).

Dans la même saison, à l’occasion de 1.06 – « Poquito Cabeza » (Sleepover), Kitty propose à son fils Stevie et à Malcolm de faire un puzzle de l’Arc de Triomphe. Un autre monument emblématique fait une brève apparition dans la série, à savoir la Tour Eiffel qu’on peut apercevoir dans l’épisode 5.02 – « Les baby-sitters » (Watching The Baby), où Lois et Hal ont visité Paris dans le monde imaginaire de Dewey et en ont gardé une photo en souvenir. La Tour Eiffel apparaît une seconde fois dans l’épisode 7.11 – « L’épreuve de force » (Bride of Ida), où Hal s’extasie devant une boule à neige représentant Paris. On peut également noter que dans l’épisode précédent, 5.01 – « Las Vegas » (Vegas), Reese et Dewey veulent sauver le lapin de ce dernier pour l’empêcher de finir sur une assiette du restaurant français Chez Richard. Dans l’épisode 7.10 – « L’argent ne fait pas le bonheur » (Malcolm’s Money), Malcolm se fait tirer le portrait avec son pactole devant un château, qui n’est autre que le Château de Chambord, un des plus vastes châteaux de la Loire initié par François Ier, et situé dans le Loir-et-Cher.

C’est ainsi qu’on peut affirmer que Malcolm contient des références à la France plus qu’à aucun autre pays étranger. Et vous, avez-vous remarqué encore d’autres références à la France au fil des sept saisons de Malcolm ?

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L’absurde

"Il faut sauver le soldat Reese" (saison 6, épisode 1). © Twentieth Century Fox Film Corporation
Malcolm joue sur de bien nombreux tableaux quand il s’agit d’humour. Qu’il naisse d’une réplique subtile ou d’un quiproquo, le rire occupe une place centrale dans la série de Linwood Boomer. Et parfois, à ce sujet, c’est l’humour absurde qui est au rendez-vous, cet humour qui repousse les limites de la réalité, qui engage le spectateur à accepter des faits impossibles ou exagérés, des personnages improbables ou caricaturaux. À travers ce dossier, nous aurons pour mission de vous faire découvrir quelques-uns de ces moments. Nous verrons d’ailleurs que l’irréalisme n’est pas seulement utilisé à des fins humoristiques dans la série et qu’il apparaît parfois à des moments un peu plus sérieux.

L’absurde dans les rêves

Forme d’absurde la plus classique car la plus logique, l’absurde par l’imagination des personnages tient une certaine place dans Malcolm. On est évidemment loin des rêves éveillés de JD dans Scrubs, où ils sont récurrents, mais il arrive que la famille de notre tête d’ampoule préférée parte dans des délires personnels pour notre plus grand plaisir. Quelques exemples sont flagrants. Dans l’épisode 5.02 – « Les baby-sitters » (Watching The Baby), Dewey s’enfuit littéralement dans un autre monde lorsqu’il décide d’occuper son petit frère. Il lui raconte une histoire où l’absurde tient une place majeure : un pantalon devient une pièce de collection, Hal et Lois deviennent d’étranges milliardaires tandis que le sous-sol se transforme en véritable QG. Toute la mécanique de cette petite histoire repose sur une inversion totale et poussive de la réalité : on nage ainsi dans l’absurdité la plus totale.

Dewey n’en est en tout cas pas à son premier essai en tant que personnage bourré d’imagination, il a au contraire souvent tendance à nous emporter dans ses délires personnels. C’est ainsi qu’il s’est imaginé rouler dans une boule en plastique tel son hamster ou qu’il s’est improvisé dictateur d’une cité constituée uniquement de Légos. Plus qu’une question d’absurdité, on pourrait ici parler d’univers fabriqués par un enfant, d’un monde conçu par le pauvre « cadet » (le mot est à moduler selon les saisons) d’une famille strictement dysfonctionnelle.

Erik Per Sullivan (Dewey) dans « Malcolm brûle les planches » (saison 2, épisode 9).

Plus tard, et dans un autre registre, l’épisode 6.01 – « Il faut sauver le soldat Reese » (Reese Comes Home) fait naître une scène d’anthologie, où, cette fois, un mirage pousse l’imagination de Reese dans ses derniers retranchements. Il se retrouve face à une gaufre géante… qui finit par lui donner la force de poursuivre son voyage dans le désert. Un moment complètement décalé, complètement fou, qui prouve une nouvelle fois que Malcolm est une série prête à n’importe quelle folie pour se diversifier et surprendre le téléspectateur. Le même schéma sera utilisé (voire usité, car le résultat est en un sens moins marquant) dans l’épisode 6.10 – « En haut de l’affiche » (Billboard), lorsque le jeune homme se voit abordé, dans son imagination, par la jeune femme qu’il a prétendu défendre sur une affiche.

Hal est aussi, à sa manière, un grand rêveur. Il se crée au fil des saisons son petit univers, son microcosme délirant dont il nous ouvre parfois les portes. On pense forcément à l’épisode 3.03 – « Feux d’artifices » (Book Club), dans lequel il se représente une dizaine de formes de lui-même, chacune présente pour lui transmettre un message différent. On pense aussi à son extrême parano lors de l’épisode 7.04 – « La maison de l’horreur » (Halloween) où il se plonge tout seul dans un film d’horreur dont il est l’unique véritable protagoniste. Bref, le rêve et l’imagination prennent une place importante dans l’oeuvre de Linwood Boomer. Est-ce seulement à ce moment que l’absurde tient un rôle ? Pas du tout. Souvent, voire plus souvent, il intervient dans la vie courante des protagonistes.

Bryan Cranston (Hal) dans « Feux d’artifice » (saison 3, épisode 3).

L’absurde de situation

Véritable force comique de la série, l’absurde de situation a donné naissance à de nombreux moments cultes de la série. Dans ce genre de passages, le réalisme est mis au placard pour laisser libre cours à l’imagination débordante, et parfois même démesurée, des scénaristes ! S’il fallait faire un Top 5, on pourrait sans doute mettre en tête la fameuse scène de l’épisode 1.16 – « Le liquidateur » (Water Park (1)) durant laquelle Lois, alors qu’elle vient d’être poussée dans un toboggan particulièrement rapide, arrive comme par magie à remonter jusqu’au sommet du tuyau pour emporter ses enfants dans la chute. On ne peut pas faire plus improbable ; la sauce prend pourtant, tant ce revirement de situation est surprenant et digne d’un grand cartoon.

Frankie Muniz (Malcolm) et Justin Berfield (Reese) dans « Le liquidateur » (saison 1, épisode 16).

Bien plus tard, dans l’épisode 6.08 – « Sévir et protéger » (Lois Battles Jamie), Jamie, le petit dernier de la famille se transforme en démon sous l’effet d’une boisson peu adaptée à son âge ; en résulte une scène digne d’un film d’horreur avec pour traqueur un… bébé.

Mais Lois n’est pas la seule à vivre des moments aussi fous. Tous les personnages y ont droit à leur manière. Reese, par exemple, se retrouve à accrocher ses concurrents à un arbre pour gagner une chasse au trésor dans l’épisode 3.11 – « Pique-nique fatal – 1re partie » (Company Picnic (1)). Hal, lui, se retrouve à confronter une abeille tueuse dotée d’un instinct surdimensionné de vengeance dans l’épisode 7.05 – « L’invasion de l’abeille tueuse » (Jessica Stays Over). Bref, nous ne multipierons par les illustrations car nous ne cherchons pas à dresser une liste exhaustive des moments absurdes de la série. Toujours est-il que les scénaristes n’ont pas hésité, bien souvent, à faire de Malcolm une sorte de cartoon vivant, où notre vision de la réalité est savoureusement dilatée.

Chaque personnage a son moment inconcevable et différent ; parfois, une bonne portion de la famille se trouve en même temps au coeur d’une situation poussée à l’extrême. Par exemple, lorsque les garçons se retrouvent dans un désert de Las Vegas, à l’occasion de l’épisode 2.05 – « Faites vos jeux » (Casino)), une scène délectable les met face à une situation aussi dangereuse qu’improbable, où tout semble possible. Explosions, bébés vengeurs, abeilles tueuses, arbres à rivaux : la liste est donc particulièrement longue, et met nos héros dans des situations toujours plus déjantées.

Frankie Muniz (Malcolm), Bryan Cranston (Hal) et Justin Berfield (Reese) dans « Faites vos jeux » (saison 2, épisode 5).

L’absurde de caractère

La caricature, l’absurde et l’irréalisme se logent aussi parfois dans le caractère des personnages, exagérés pour faire rire, poussé à leur extrême pour accentuer les effets de comédie. Lois remporte sans doute la palme de ce procédé : on ne compte plus les scènes où son autorité démesurée rythme l’épisode. On citait plus haut la scène de l’épisode 1.16 – « Le liquidateur » (Water Park (1)) : elle symbolise bien ces moments où le personnage n’est plus qu’une boule de colère uniquement bonne à aligner les réprimandes.

Son mari, quant à lui, peut se montrer extrêmement trouillard ou, comme sa femme, partir dans des crises de colère sans précédent. Dans les deux cas, ses mimiques et ses intonations soulignent l’effet comique de l’exagération. Son interprète, Bryan Cranston, sait y faire. Ce n’est pas tant dans le caractère des enfants que l’on peut déceler une absurdité et une exagération, quoique la bêtise de Reese soit parfois poussée à l’extrême. On notera davantage l’irréalisme de leurs bêtises, allégories amusantes d’une enfance où tout semble permis… Punition à la clé, bien évidemment ! On n’hésite alors pas à approcher ses dents d’une roue de vélo en marche, à balancer de nombreux objets de valeurs du haut d’un toit (pour de bonnes raisons, mais enfin…), à catapulter des immondices sur les voisins ou encore à préparer des excréments volants pour la fête communale. Tant de folies qu’on doit notamment à Francis, instigateur d’une saga démoniaque de pièges, de farces et de gentils tourments, et dont les jeunes frères se sont inspirés.

Erik Per Sullivan (Dewey), Frankie Muniz (Malcolm) et Justin Berfield (Reese) dans « Lundimanche » (saison 1, épisode 15).

Gageons que Linwood Boomer et son équipe ont en partie réalisé leurs rêves de gosses en tournant Malcolm, repoussant les limites des stupidités auxquelles on s’adonne étant gosse. L’irréalisme est ici au service d’un univers totalement dingo, où tous les codes sages de la sitcom sont renversés pour que s’installent des feux d’artifices dangereusement aveuglants, des explosions destructrices ou des réactions chimiques indésirables.

Des personnages secondaires caricaturaux

Notre famille préférée n’est pas la seule à livrer de purs moments d’absurde. Francis rencontre toute une galerie de personnages aux allures irréalistes lors de ses voyages, de la saison 1 à la saison 5. Les premiers (Le capitaine Spangler et Lavernia) sont caricaturalement méchants et autoritaires. L’aîné n’est dès lors pas si éloigné de l’ambiance familiale. Et si Spangler sait parfois faire preuve de quelque humanité, Lavernia est sans doute l’un des personnages les plus avares, les plus odieux, les plus manipulateurs jamais créés pour la télévision. C’est ici qu’intervient un contraste intéressant : dès la saison 4, le grand frère de Malcolm se met à travailler pour un couple de fermiers allemands excessivement gentils, dont la bienveillance est dix mille fois exacerbée : Otto et Gretchen pardonnent, excusent, et comprennent tout. Ils n’en sont que plus attachants et plus drôles. Le choix des scénaristes de ne pas avoir de nouveau poussé Francis à rencontrer un patron tyrannique est d’ailleurs fort judicieux. Bref, qu’ils soient absurdement aimables ou absurdement destructeurs, les personnages secondaires donnant la réplique à Francis sont une autre preuve de l’irréalisme humoristique qui a fait les beaux jours de Malcolm.

En dehors de ça, on pourrait citer Kitty dans ses premières heures ; une sorte de Bree Van de Kamp dont la paranoïa et la maniaquerie relèvent du vice. Sur l’ensemble de la série, Craig donne aussi dans la caricature grossière : pervers, lourd, insupportable, maniéré, collant, il cumule tous les défauts possibles et en devient un personnage aussi improbable que atypique. Dans une autre vie, il aurait pu être le beau fils d’Ida, une vieille femme qui est surtout drôle grâce à l’incroyable méchanceté qui s’en dégage : elle déteste tout le monde, crache sur tout le monde, et profite de tout le monde. Elle ne semble pas avoir une once de sentiments ou d’humanité, elle est la caricature-même de la grand-mère désabusée et désillusionnée qui déverse toute sa rancoeur sur son entourage. Ne manquant aucune occasion pour cracher son venin, la mère de Lois n’est donc pas dotée d’un caractère tout à fait crédible et réaliste, et c’est ce qui la rend inoubliable.

Cloris Leachman (Ida) dans « La jambe de grand-mère » (saison 6, épisode 14).

L’absurde au service du sérieux

L’absurde ne sert-il donc qu’à faire rire dans Malcolm ? Pas tout à fait. Les situations irréalistes dans lesquelles se trouvent les personnages sont parfois le résultat d’une réflexion plus profonde et plus poussée sur le fonctionnement de la société américaine et sur les erreurs dont elle est l’instigatrice ou la victime. On pense par exemple à la fin de la cinquième saison, où tout part en vrille à cause d’un système pourri jusqu’à la moelle.

Jane Kaczmarek (Lois) dans « La grande pagaille – 2e partie » (saison 5, épisode 22).

Il est assez difficile d’imaginer une famille réelle rencontrant autant de mésaventures que celle de Malcolm, il faudrait alors isoler chaque problème, qui pris individuellement est bel et bien le reflet d’un peuple à la dérive. Si la violente détresse de Lois face au monde dans lequel elle vit peut paraître exagérée, si les aléas professionnels de Hal sont particulièrement soulignés, le tout n’en reste pas moins inscrit dans un processus de dénonciation. Le système américain donne naissance à cela : un monde aux individus taris par la désillusion et la malchance.

L’absurde est donc parfaitement impossible à oublier si l’on veut faire une synthèse correcte et complète de la série. Il apporte principalement de l’eau à son moulin humoristique en proposant une galerie variée de personnages caricaturaux, mais permet aussi des scènes incroyablement ambitieuses et parfois inédites dans le monde de la sitcom. Il joue aussi un rôle de Stabilo, souligne les défaillances d’une société à la dérive en poussant sa démonstration à l’extrême. Les plus terre-à-terre d’entre nous auront l’amabilité de faire monter quelque peu la température pour accéder au deuxième, au troisième, pourquoi pas au dixième degré d’une série qui ne se lit pas qu’à l’horizontale, qui propose un univers dont les composantes sont expressément poussées à leur paroxysme, à leur summum, et où peu de choses sont à prendre au pied de la lettre. La caricature, l’irréalisme et l’absurdité forment une trilogie aux analogies diverses, dont la convergence se calcule avant tout par le rire qu’elles génèrent et par les réflexions qu’elles véhiculent.

Dossiers

La continuité

Bryan Cranston (Hal) dans "Réactions en chaîne" (saison 3, épisode 21). © Twentieth Century Fox Film Corporation
Enchaînant les intrigues les plus originales et les gags les plus savoureux, Malcolm aura su – sans bémol ou presque – nous faire rire pendant sept longues années. De quoi se familiariser avec cette famille américaine délirante, de quoi voir évoluer, grandir, vieillir les personnages ! Et surtout de quoi faire une série dont les épisodes, même si d’apparence isolés, peuvent se révéler liés par certains de leurs aspects. Retour donc sur une facette très peu analysée de la série : sa continuité.

Le cas Francis

Christopher Masterson (Francis) et Emy Coligado (Piama Tananahaakna) dans « Mes beaux sapins » (saison 5, épisode 7).

S’il y a bien un personnage qui fait office de « ciment » durant les cinq premières saisons, c’est Francis. Finalement, ses voyages et son entrée dans le monde adulte constituent la seule véritable intrigue continue de la série jusqu’à ce que l’acteur se retire et ne fasse plus que quelques apparitions. Constatez par vous-même : son passage de l’école militaire à l’Alaska ne passe pas inaperçu et s’étend sur deux épisodes à suivre, sa rencontre avec Piama introduit carrément un nouveau personnage récurrent jusqu’à la fin de la série, et son entrée au ranch marque une étape capitale du développement de l’aîné, lui conférant enfin un côté responsable et autonome. Contrairement à la plupart des personnages de la série, aucune des mouvances du jeune homme ne seront passées inaperçues. Elles permettent, en un coup d’œil, de situer un épisode dans le temps, et font office – si l’on peut dire – de fil conducteur.

Comme tu as grandi !

James & Lukas Rodriguez (Jamie) et Erik Per Sullivan (Dewey) dans « 800 dollars plus les frais » (saison 6, épisode 20).

Cela va de soi mais précisons-le quand même, le développement physique des acteurs marque un côté « continu » à la série. Contrairement à un dessin animé comme Les Simpson où la série semble figée dans le temps car les personnages ne grandissent jamais, Malcolm voit sa famille franchir plusieurs étapes : Dewey passe du petit garçon au pré-adolescent, Reese commence en terreur des cours de récréation pour terminer concierge les balayant, Malcolm découvre son statut de petit génie pré pubère aux prémices de la série et ouvre les portes de l’université à sa fin ! Mentionnons pour finir la grossesse de Lois – qui aura servi de fil conducteur à toute la quatrième saison – ainsi que la croissance de Jamie qui suit le même chemin que ses frères ! Tous ces changements font de cette sitcom pas comme les autres un divertissement évolutif d’une certaine manière, puisque peu de choses initialement établies se retrouvent intactes et similaires lorsque les dernières secondes du show s’affichent au compteur.

Du côté des plus vieux…

Bryan Cranston (Hal) et Jane Kaczmarek (Lois) dans « Le testament impossible » (saison 4, épisode 17).

Papa et Maman ne changent pour ainsi dire pas beaucoup en sept ans, mais réalisent peu à peu leurs erreurs et leurs défauts. La Lois supra-autoritaire des premières saisons laisse place, progressivement, à quelqu’un de plus réfléchi, de moins « rentre-dedans ». Ce n’est certes pas une vérité immuable – on la voit péter les plombs de temps en temps jusqu’à la fin – mais la matriarche aura su tirer une leçon de ses folies et nous le montre à plusieurs reprises. Ainsi, elle s’excusera par exemple de la mère qu’elle a pu être dans l’épisode 6.14 – « La jambe de Grand-mère » (Ida Loses A Leg) ou prendra conscience du dangereux caractère qu’elle a et dont son fils Reese a hérité lors de l’épisode 7.16 – « La justicière » (Lois Strikes Back). Quant à Hal, selon l’acteur qui l’incarne, seuls quelques changements capillaires ont pu être observés. Allez monsieur Cranston, avouez que le délirant Hal a su, pendant ces sept ans, évoluer à sa manière en multipliant ses délires et en donnant une dimension de plus en plus mythique à son personnage ! Le père de famille très effacé de l’épisode pilote s’est transformé peu à peu en l’un des personnages les plus charismatiques de la télévision américaine.

Une transition qui ne passe pas inaperçue !

Justin Berfield (Reese) dans « Il faut sauver le soldat Reese » (saison 6, épisode 1).

Il serait dommage d’oublier la transition entre la saison 5 et la saison 6, qui marque à bien des égards un changement d’ère. Reese devient plus adulte en intégrant l’armée pour quelques temps (Il nous le confirmera dans l’épisode 6.08 – « Sévir et protéger » (Lois Battles Jamie), lorsqu’il entretient ses frères de la disparition de cette petite voix qui le poussait à faire des bêtises continuellement), Hal perd son travail suite à une énorme manipulation qui lui a presque valu un emprisonnement et Lois sombre dans une folie démente qui semble fortement justifiée après ces milles retournements de situation : avoir touché le fond et avoir eu la possibilité de remonter la pente avant de devoir creuser davantage explique sans doute son changement durant les deux dernières saisons, qui nous présentent comme dit plus haut une Lois de temps en temps plus posée.

La relation Craig/Lois

David Anthony Higgins (Craig Feldspar) et Jane Kaczmarek (Lois) dans « Accro au delco » (saison 6, épisode 9).

Cette idylle à sens unique, purement fantasmagorique, dure depuis le deuxième épisode de la première saison de Malcolm. Craig répond au schéma classique de l’homme obsédé par une femme mariée, semblant souffrir d’une sorte d’érotomanie masculine particulièrement prononcée (on pense par exemple au fait qu’il la traque partout ou qu’il sache tant de choses privées sur elle). Cette obsession n’est évidemment pas partagée par Lois, qui apprendra le béguin excessif de son collège dans l’épisode 2.07 – « Attaque à main armée » (Robbery). Impassible, cruelle, elle lui fera comprendre que rien n’est à espérer, même dans ses rêves les plus fous. Bien plus tard, dans le 7.20 – « Le tribunal des animaux » (Cattle Court), elle se permettra d’annoncer que si elle devenait vieille et sénile, réduite à l’état de légume et sans la présence de Hal pour veiller sur elle, une liaison de dernier recours serait envisageable. Aurait-il revu sa perception du bonhomme en six ans ? Toujours est-il que cette relation, à laquelle de très nombreux clins d’œil directs ou indirects sont faits pendant sept ans, reste l’un des fils conducteurs secondaires les plus marquants de la série. Il fallait oser !

Et aussi…

En vrac, nous pouvons aussi citer la mort de Victor et sa double vie, la grossesse, l’accouchement de Lois et l’entrée de Jamie dans la vie (élément que nous aurions pu citer dans la deuxième section, mais qu’importe), le parcours du commandant Spangler qui tira sa révérence correctement contrairement à certains passages qui auront disparu d’un moment à l’autre sans raison, ou encore les aventures d’Ida et de ses coutumes étranges. Si Malcolm n’est pas une série à suivre d’épisode en épisode comme ce pourrait être le cas de 24 heures chrono par exemple, elle reste évolutive selon l’angle sous lequel on la regarde. Malgré quelques fautes de mauvais goût comme par exemple la disparition sans autre forme de procès de Gretchen et Otto (quelle honte, cette justification de pacotille !) ou la déchéance stupide du personnage de Kitty (l’actrice n’était plus disponible, certes, mais était-ce une raison pour faire n’importe quoi de la mère qu’elle incarnait ?), malgré quelques erreurs de cohérence que vous pourrez retrouver çà et là et qui sont inhérentes à une série télévisée de cette envergure, l’univers de Linwood Boomer reste vivant et bien vivant, avec une histoire qui aura connu un début et une fin, avec toutes les péripéties intermédiaires que cela implique…

Dossiers

On n’est pas là pour rigoler !

Bryan Cranston (Hal) dans "La nouvelle tête d’ampoule" (saison 2, épisode 11). © Twentieth Century Fox Film Corporation
Burlesque, déjantée, parfois grotesque, Malcolm a toutes les caractéristiques de la typique série comique et semble, de prime abord, n’exister que pour titiller vos zygomatiques. Si l’on y regarde de plus près cependant, les aventures de cette famille américaine peuvent traiter de sujets très divers, qu’ils soient graves, dérangeants ou même tabous. De la religion à la politique, de la sexualité au caractère torturés des personnages, découvrez en quoi Malcolm s’est essayée, durant sept ans, à l’élaboration d’un genre qui n’hésite pas à jouer sur tous les registres.

La politique

De temps à autre, Malcolm aime faire référence à la politique. Indirectement ou de manière tout à fait claire, quitte à se lancer parfois dans un procès gouvernemental à la X Files, la série se permet une critique parfois piquante et irrévérencieuse du gouvernement américain. C’est ainsi que dans une storyline cultissime de l’épisode 7.18 – « L’abri de mes rêves » (Bomb Shelter), Hal s’entretient avec un portrait de Kennedy et lui rend compte des événements passés depuis sa mort. Il s’ose notamment à dire : « Durant toutes ces années, on a jamais eu de président aussi génial que [lui]. » Ici le message est précis, et le père de famille n’y va pas par quatre chemins en affirmant que les temps ne sont plus les mêmes. Une manière pour les scénaristes de s’exprimer à travers Hal, de faire passer leurs idées sous couvert d’un personnage de fiction.

Bryan Cranston (Hal) dans « L’abri de mes rêves » (saison 7, épisode 18).

L’humour vient se nicher dans le ridicule de la situation (Hal parle à une photographie, tout de même) mais ne prend qu’une petite place en définitive. Il sert de prétexte à une petite dissertation historique qui s’étend sur une bonne partie de l’épisode. Barbant ? Pas forcément. Tout dépend de la sensibilité du spectateurs à ces considérations intellectuelles, et c’est là tout le charme de la série : explorer de nombreux domaines pour satisfaire de nombreuses personnes.

Mais avant de jouer les analystes, le père de Malcolm s’est retrouvé victime de ce gouvernement qu’il ne cautionne pas tout à fait. D’abord en intégrant le temps de quelques expérience douteuses une organisation étrange liée aux services secrets américains dans l’épisode 5.12 – « Frapper et recevoir » (Softball), puis en étant accusé à tort de crimes en tout genre qu’il n’a jamais commis dans les épisodes 5.21 – « La grande pagaille – 1re partie » (Reese Joins the Army (1)) et 5.22 – « La grande pagaille – 2e partie » (Reese Joins the Army (2)). Dans les deux cas, on touche au sujet cinématographiquement et télévisuellement récurrent du complot gouvernemental : une sorte de conspiration logée dans les hautes sphères du pays qui se sert des services secrets pour son propre intérêt au moyen de toutes les corruptions possibles. Dans une moindre mesure, cette conspiration est aussi abordée dans 4.22 – « Les arnaqueurs » (Day Care) dans la scène où Francis se fait arrêter par un duo proche des Men In Black après s’être fait passer pour un extraterrestre pour attirer des touristes au ranch Grotto. Le complot est également évoqué dans l’épisode 4.15 – « Le grand déballage » (Garage Sale) quand Hal remet en service sa radio pirate. Notons que Malcolm n’est pas particulièrement originale sur ce coup, ce qui est assez rare pour être remarqué, et nous bombarde de clichés relatifs sur le sujet.

Bryan Cranston (Hal) dans « La grande pagaille – 2e partie » (saison 5, épisode 22).

Des clichés qui servent à traiter le sujet de manière plutôt burlesque, bien moins subtile que l’entretien Hal/Kennedy dont nous avons parlé précédemment. Toujours est-il que, d’une manière ou d’une autre, la série ne se contente pas d’aligner gags et facéties. On n’ira pas jusqu’à crier au génie intellectuel, mais parfois, le propos se déplace vers des considérations très éloignées de celles d’une sitcom habituelle. Il semble d’ailleurs important de préciser que la série se conclut quasiment sur une réflexion politique ; on pense au discours de Lois, dans le tout dernier épisode 7.22 – « Malcolm président » (Graduation), au titre français très évocateur, qui déplore la situation sociale dans laquelle elle se trouve depuis toujours et qui nourrit de grandes aspirations pour son fils : elle le voit carrément président des États-Unis. Et si Malcolm accède effectivement au poste de président, si la classe moyenne parvient à se mettre sur le devant de la scène, gageons que la famille de notre surdoué aura pris une belle revanche sur tout ce que le système lui a fait subir.

Jane Kaczmarek (Lois) dans « Malcolm président » (saison 7, épisode 22).

Nous n’avons ici cités que quelques exemples ; nous aurions aussi pu partir sur le terrain du dyptique chevauchant les saison 5 et 6, lorsque est Hal est pris au piège par le gouvernement, et où les scénaristes dénoncent (bien qu’avec une certaine dose d’humour) un système américain aussi procédurier que corrompu. On pourrait dès lors se demander à quel degré il incombe de lire tous ces clins d’oeils politiques. Pour sûr, Malcolm n’est pas une série fondamentalement sérieuse. C’est avant tout un divertissement. Toutes ces références aux institutions politiques sont donc à prendre comme un petit plus, comme une preuve de maturité par rapport à d’autres sitcoms, mais surtout pas comme le leit-motiv du show.

La sexualité

Malcolm aborde souvent la sexualité à des fins humoristiques, et quoi de plus normal pour une comédie. Lois et Hal, de part leur libido incontrôlable, donnent lieu à des scènes bien cocasses… qui pourraient paraître déplacées dans une série familliale, pour un public conservateur. On apprend ainsi, dans 1.06 – « Poquito Cabeza » (Sleepover), que Hal va faire ses achats coquins au sex-shop du coin ! Dans un autre registre, on se souvient tous de l’épisode 6.04 – « Pearl Harbor » (Pearl Harbor) durant lequel Jessica mène Malcolm et Reese en bateau jusqu’à ce qu’ils se croient mutuellement homosexuels. Une storyline qui aborde avec légèreté la question de l’homosexualité et montrant que malgré les clichés, les deux frères sont prêts à s’accepter quoi qu’il en advienne.

Twentieth Century Fox Film Corporation
Frankie Muniz (Malcolm) et Justin Berfield (Reese) dans « Pearl Harbor » (saison 6, épisode 4).

De même, plus tôt dans la série, dans 3.01 – « Tout le monde sur le pont » (Houseboat (1)), le couple Kenarban livre une scène particulièrement drôle lorsqu’ils est surpris aux prémices de ses ébats alors qu’il semblait en pleine dispute. Bref, le sujet n’est pas tabou, et se voit plutôt bien mis à l’oeuvre sans vulgarité et sans dépasser trop de limites. Quand devient-il dès lors sérieux, puisque c’est ce qui nous intéresse à travers ce dossier ? Assez rarement, il faut l’admettre. Malcolm restant au fond une série familiale et humoristique, il n’est jamais question de véritables dilemmes intimes. Malgré tout, la question peut atteindre un certain niveau de « gravité ». On relèvera par exemple la scène de l’épisode 5.04 – « Le grand chef » (Thanksgiving) où Malcolm, complètement cuit, est sur le point de coucher avec une fille. Il finit par se rebiffer et, de retour à la maison, Francis le félicite de ne pas avoir abusé de la situation. Dans ce cas, sans pour autant aller en profondeur, la série a bien quitté sa régulière légèreté. Le propos est plus intense, et la morale reste sauve. Dans un tout autre registre, Lois a, dans la saison 7, une discussion stricte et sérieuse sur le sujet avec son génie de rejeton. Il est question de protection, de maladies… bref, les personnages abordent des sujets de société préoccupants qui s’éloignent tout aussi franchement des scènes les plus burlesques de la sitcom.

Frankie Muniz (Malcolm) dans « Le grand chef » (saison 5, épisode 4).

La métaphysique

Voici sans doute l’aspect sérieux le plus ignoré de la série : sa métaphysique. Pour ceux qui n’auraient jamais pris des cours de philosophie, on résumera le concept en quelques mots : il s’agit de toutes considérations sur la mortalité, sur la vie après la mort, sur ce qui se rattache à notre rapport avec l’au-delà. Car oui, à ses heures perdues, Malcolm évoque la question. Lois est par exemple la première à adopter une posture philosophique dans ses discours. Elle expliquera par exemple à son fils, dans l’épisode 1.11 – « Les funérailles » (Funerals) :

« Tu veux savoir ce qui se passe quand on meurt ? Ben, on est mort, c’est tout. »

Lois à Dewey dans l’épisode « Les funérailles »

Et à Hal de répondre :

« Chérie, c’est un peu réducteur. En fait, mon garçon, après la mort ton corps subit tout un tas de changements fascinants. D’abord il se met à gonfler comme un ballon, et se ratatine comme un raisin sec. Ensuite, des tas de petits microbes qui sont invisibles mais qui sont déjà en toi se mettent à dévorer toute ta chair et c’est comme ça que tous les éléments du corps humain retournent à la terre. Et puis il y a aussi ceux qui disent que les cheveux continuent à pousser mais tu sais, c’est un mythe. En fait, c’est ta tête qui se réduit. »

Hal à Dewey dans l’épisode « Les funérailles »

Ici, pas de bon sentiments, pas de paradis, pas de meilleur monde… Non, une réponse très cartésienne loin des discours préconçus.

Erik Per Sullivan (Dewey) dans « Les funérailles » (Funeral).

Du côté des enfants, on peut apparenter les célèbres réflexions de l’innocent Dewey dans l’épisode 4.22 – « Les arnaqueurs » (Day Care) à une forme de réflexion sur l’être humain et sa place sur terre ; l’être humain n’est rien d’autre, dans le discours du jeune, qu’une fourmi parmi tant d’autres qu’un grand créateur peut bien vite écraser avec sa grosse pelle. On aurait tort de prendre ce pied-de-nez fait aux institutions religieuses que côtoient brièvement la famille de Malcolm sur un ton purement humoristique. Dans les deux cas, une réflexion est amorcée, et le spectateur peut s’y adonner ou non.

La société américaine

En long, en large et en travers, Malcolm dénonce la société américaine et ses dysfonctionnements. Et ce n’est pas une surprise, lorsqu’on sait que dans le titre original de la série, Malcolm in the Middle, le middle fait référence à la place qu’occupe Malcolm au sein de sa famille, mais également à la fameuse middle-class américaine. Nous citions plus tôt la scène durant laquelle Hal porte un toast au portrait de Kennedy : elle symbolise plutôt bien le sentiment d’un âge d’or déchu qui anime les scénaristes. L’Amérique de Malcolm, c’est celle des rêves refoulés, de la déchéance, des désillusions. C’est Malcolm qui doit faire le ménage en parallèle de ses études malgré son potentiel étonnant, c’est Dewey qui refoule ses talents de musiciens en baignant dans l’incompréhension la plus totale (Lois, sans le dire explicitement, semble bien penser que la musique n’est pas un métier dans le monde qu’elle affronte chaque jour), c’est Hal qui se retrouve injustement au chômage pour des raisons qui le dépassent. La famille de Malcolm est une famille dysfonctionnelle car elle subit les mécanismes d’une société elle-même dysfonctionnelle, qui ne laisse pas de place aux aspirations individuelles. En cette (longue) période de crise, on peut aussi mentionner l’épisode 5.15 – « Enfin seul ! » (Reese’s Apartment). Reese y devient « fictivement » stable et heureux puisque l’équilibre auquel il parvient en se trouvant un appartemment n’est que le fait de crédits faramineux dont Lois et Hal vont devoir supporter les conséquences. Cette storyline met le doigt sur le phénomène de la multiplication des crédits à la consommations aux États-Unis qui pousse plusieurs américains à s’endetter et à vivre au-dessus de leurs moyens. Il n’est pas rare qu’ils possèdent en effet plusieurs cartes de crédit simultanément. On l’a aussi souvent souligné – la série de Linwood Boomer a volontiers cassé les codes de la sitcom pour montrer un autre visage de l’Amérique – les exemples de série ayant osé l’exercice avant elle se comptent sur les doigts d’une main, et l’on peut sans doute citer Mariés, deux enfants, et, encore plus évident, Les Simpson.

Gary Anthony Williams (Abe Kenarban) dans « La guerre des poubelles » (saison 6, épisode 3).

Il n’est pas question chez Lois et Hal d’une famille bien rangée représentative d’une société parfaite et ordonnée. Elle est au contraire le miroir de tout ce qui cloche aux États-Unis ; sa figure vivante. Les injustices continuant à faire rage en Amérique du Nord sont aussi pointées du doigt par l’équipe de Malcolm. Des thèmes variés entrent alors en scène. On peut penser au racisme qui est mis en avant avec la révolte de Lois dans l’épisode 6.03 – « La guerre des poubelles » (Standee), concernant une affiche représentant un employé de couleur noire, heureux de travailler comme balayeur. On peut également mentionner le regard porté sur les infirmes avec un Stevie en prend souvent pour son grade, ou les distinctions fortement marquées entre les surdoués et les enfants moins intelligents, propos largement mis en lumière tout au long de la série que ça soit à travers du personnage de Malcolm au début de la série ou à travers celui de Dewey sur la fin.

En bref, il est clair que Malcolm n’a pas une fonction fondamentalement moralisatrice et que Linwood Boomer n’a pas cherché à en faire une série totalement sérieuse. Néanmoins, certains de ses aspects poussent à la réflexion et au questionnement. On ne peut ignorer une recherche de profondeur dans certaines intrigues, qui quittent les sentiers habituels de la série humoristique. Certains épisodes sont structurés dans le but de dénoncer certains aspects de la société américaine, de ses institutions, de son système ; que cela soit de manière évidente (on citera encore « Les arnaqueurs », une référence en la matière) ou de manière plus subtile. Quoi qu’il en soit, vous pourrez désormais tordre le cou à certaines idées reçues concernant la série. Non, Malcolm n’est pas qu’une série de bêtises perpétrées par des enfants attardés. Malcolm a aussi essayé, au fil des années, d’acquérir une certaine maturité et conscience sans en oublier ses fondamentaux, et donc de nous divertir.