Le numéro 2 de Preview en vente dès ce vendredi 3 mai consacre tout un article à la série culte de toute une génération.
Le magazine Preview revient sur le phénomène Malcolm
Le numéro 2 de Preview en vente dès ce vendredi 3 mai consacre tout un article à la série culte de toute une génération.
Il était censé avoir 10 ans au début de la série familiale burlesque, où il incarnait un gosse surdoué. Aujourd’hui, l’acteur est riche, encore célibataire et, surtout, coureur automobile…
Le magazine américain Entertainment Weekly a publié sa liste des 100 meilleures émissions télévisées des 25 dernières années, où figure Malcolm en 88e place.
Trois épisodes par jour pendant l’été sur M6. Impossible d’échapper et de résister à la famille débile et politiquement incorrecte de Malcolm.
La vie loufoque d’une folle famille moyenne en total décalage avec les valeurs américaines.
Enfant star, Frankie Muniz doit sa célébrité à Malcolm, une série qui relate les aventures d’un jeune garçon au sein d’une famille peu ordinaire. Ravi de son personnage, Frankie n’hésite pourtant pas à s’afficher sur grand écran. Que ce soit dans Mon chien Skip, Cody Banks ou qu’il prête sa voix au zèbre Stripes, le jeune garçon est rapidement devenu le chouchou des critiques…
« A part Malcom, j’ai toute une liste de films prévus pour cet été »
La cinquième saison inédite débarque sur M6, ainsi que dans les kiosques !
« On retrouve avec plaisir Malcolm et sa famille pour une cinquième saison, avec une virée très drôle dans la capitale du jeu ! »Le nouveau venu Télé 2 Semaines à quant à lui accordé une à la série une très bonne appréciation, accompagné d’un petit commentaire sur le déroulement de l’épisode :
« Cette nouvelle saison, la cinquième, s’ouvre avec une info de taille : on apprend que le nouveau-né de la famille Wilkerson est… à nouveau un garçon ! Tous ses membres dont Malcolm (Frankie Muniz) partent pour le week-end à Las Vegas. Cet épisode, réalisé par l’acteur Bryan Cranston qui joue le père, a réellement été tourné dans la Cité du jeu. »Enfin, TV Grandes Chaînes, lui aussi récent, décerne une très bonne appréciation avec ses deux étoiles et son Coup de coeur :
« Un épisode très drôle dans la capitale du jeu pour démarrer la saison 5. »On notera une absence de critique dans des magazines télévisés comme Télérama ou encore le Télé Obs.
Le magazine de la culture série analyse la série dans son dernier numéro…
Qu’est-ce qui est le plus difficile ? Être un enfant surdoué au milieu d’une famille d’excités ou bien avoir enfanté 4 monstres qui vous rendent complètement paranoïaque ou dépressif ? Qui est le plus à plaindre ? Malcolm est une série qui joue sur ces deux registres dont le plus intéressant n’est pas forcément le plus exposé. Malcolm ou comment vous dégoûter de devenir un jour parent.
« Je ne suis pas un monstre »
Comment se peut-il qu’une énième sitcom, mettant en scène une ordinaire famille de la classe moyenne américaine, ait pu à elle seule redynamiser le genre « comédies familiales », devenu moribond après l’apogée qu’il avait connu au début de la dernière décennie ? La réponse est simple : Malcolm est résolument autre.
Cet article a été écrit par Nicolas Enclin, Christophe Petit et Greg Dubos et publié dans Génération Séries | N° 44 | Oct. – Nov. – Déc. 2003 | P. 16 à 27.
Par respect envers les auteurs, nous avons conservé grammaire, syntaxe, orthographe, conjugaison, typographie et ponctuation des textes de l’article original.
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Avant de voir en quoi se distingue Malcolm, intéressons-nous à la partie histoire de la sitcom. Contrairement à certaines idées reçues, la sitcom, ou « comédie de situation », n’est pas un genre récent. Il est né à peu près en même temps que la télévision (qui le tenait, sous sa forme primaire, en héritage de la radio), en 1951 pour être précis, lorsque l’actrice américaine Lucille Ball, ayant fondé son propre studio de production à Hollywood, créa I Love Lucie, première comédie d’une demi-heure à ne pas être diffusée en direct, comme il était coutume de le faire. Elle mit au point ce qui deviendrait la base du genre : porter un regard amusé sur les relations, plus ou moins conflictuelles, qui se tissent au sein de la famille, des cercles d’amis ou au travail.
Pendant les années qui suivirent, la sitcom se cantonna surtout dans l’illustration de la parfaite petite famille de la classe moyenne américaine, que ce soit à travers la vie proprette des Stephens, que seuls les pouvoirs magiques de Samantha viennent troubler, dans Ma sorcière bien-aimée, ou, bien plus tard, celle de la famille Huxtable du Cosby Show. Signalons toutefois une exception notable à ce tableau, bien que toujours inédite en France : All in the Family (1971-1979) dépeint avec un réalisme étonnant les déboires d’une modeste famille new-yorkaise sans craindre d’aborder des sujets très controversés à l’époque.
Il fallut cependant attendre l’aube des années 90 pour que survienne une cassure définitive : Mariés, deux enfants bouleversa le genre en mettant en scène une famille exagérément sale, bête et méchante. Les productions suivantes, parmi lesquelles Roseanne ou, du côté de l’animation, Les Simpson (lire le dossier consacré à la série de Matt Groening dans notre précédent numéro) surent tirer parti de cette véritable révolution, tout en optant pour un plus juste milieu, assurément très proche de la réalité. Cette décennie vit aussi la naissance du remarquable Dream On, ainsi que les très populaires Seinfeld et Friends qui établirent de nouvelles normes de qualité qui vivait alors une sorte d’âge d’or. Il faut noter que les productions les plus en vogue à la fin des années 90 ont abandonné la cellule familiale pour s’intéresser davantage à la vie des célibataires, reflétant ainsi les tendances de la société contemporaine.
Malcolm reprend le schéma de la sitcom « étudiant » la famille moyenne américaine mais en introduisant de nombreux biais illustrés par le caractère des personnages, la forme narrative, l’absence de rires dans la bande-son ainsi qu’une mise en scène ingénieuse et insolite (tournage en extérieur, utilisation d’effets spéciaux, caméra subjective, etc.). Malcolm n’est pas une étape de plus dans l’évolution de la sitcom, c’est une révolution bien réelle.
– Maman a la grippe depuis le début du week-end. Je devrais plutôt me sentir concerné. Mais être privé de télé pendant deux mois, rien de tel pour prendre de la distance !
D’ailleurs, l’histoire de la famille de Malcolm commence un jour de révolution, le jour où s’abat sur elle une véritable bourrasque : Malcolm (Frankie Muniz) apprend qu’il n’est pas aussi normal qu’il aurait voulu. Il est en effet doué d’un quotient intellectuel de 165, ce qui n’est vraiment pas à son goût. D’abord parce qu’il est contraint de quitter ses copains pour rejoindre une classe de surdoués, méprisés par le reste de l’école qui les appelle les Têtes d’ampoule1. Il s’y fera un seul véritable ami, Stevie Kenarban (Craig Lamar Traylor), sur l’ordre de sa mère qui prend pitié de ce jeune asthmatique en fauteuil roulant. Ensuite, l’intelligence hors du commun de Malcolm ne lui permet même pas d’élaborer des plans assez sophistiqués contrer la tyrannie de sa mère, Lois (Jane Kaczmarek), maniaque de l’autorité. Cette femme, d’une force de caractère extraordinaire, règne de main de maître sur toute la maisonnée. Et il lui en faut, du caractère, pour supporter les brimades de son chef de service, ainsi que les avances incessantes de Craig (David Anthony Higgins), son collègue, au centre commercial où elle peine à gagner de quoi nourrir sa famille. Car Lois est avant tout une femme de principes, dont les enfants sont la première des priorités. Et si elle les élève dans une discipline de fer, c’est pour leur bien !
Fort heureusement, Hal (Bryan Cranston), père et époux, est là pour arrondir les angles. Ce doux rêveur a renoncé à tous ses idéaux de liberté pour épouser l’unique amour de sa vie, et a abandonné tout espoir de s’offrir un jour une voiture de sport pour se contenter de la vieille familiale qui l’emmène chaque jour vers un travail de bureau déprimant, dont le salaire ne lui permet même pas d’offrir à chacun de ses enfants sa propre chambre. Malcolm est ainsi contraint de dormir avec deux de ses frères. Dewey (Erik Per Sullivan), le plus jeune, est une sorte de lutin naïf aux grandes oreilles. Il se réfugie souvent dans son propre monde, auquel n’a pas accès Reese, à peine plus âgé que Malcolm. Reese (Justin Berfield) évolue dans un univers où la loi du plus fort est toujours la meilleure. Il a fréquemment recours à la force, tyrannise ses deux frères et les autres élèves de l’école, parfois avec un véritable plaisir sadique. Reese, il faut l’avouer, n’est pas le plus futé de la famille, et sa stupidité constitue un ressort comique simple, souvent très efficace sur lequel reposent plusieurs scènes d’anthologie.
Dans Poker (49 [3.8]), il offre un magnifique joue à Dewey afin d’avoir le plaisir de lui reprendre sur-le-champ et de le réduire en miettes en sautant dessus à pieds joints, sous le regard horrifié du petit garçon !
Malcolm est le pivot de la série. D’ailleurs, le titre original, Malcolm in the Middle (middle signifiant « au milieu »), le stipule bien. Il se trouve au centre de cette famille un peu folle, dont les Addams de La famille Addams pourraient très bien être de lointains cousins. En outre, dans la fratrie, il est justement né entre Reese et Dewey. Grâce à son Q.I., Malcolm se démarque juste assez pour avoir le recul lui permettant de porter sur sa famille un regard critique. Et cette critique est évidemment justifiée, car les individus qui la composent sont loin d’être parfaits. Ainsi, malgré tous leurs efforts, Lois et Hal se sont finalement résignés à envoyer leur fils aîné, Francis (Christopher Kennedy Masterson), dans une école militaire, au grand dam de Malcolm dont c’était le frère préféré. Pour les parents, cette déchirure est secrètement perçue comme une défaite, et l’éloignement de Francis restera pour eux le témoignage de leur incapacité à mener à bien son éducation. Au sujet des benjamins, il n’est pas rare d’entendre Lois confier à Hal : « Mais où est-ce qu’on s’est trompés ? » Cependant, le spectateur relativisera en notant au travers de leurs tranches de vie que Lois et Hal n’ont pas abandonné pour autant leur rôle de parents. Ils n’ont jamais cessé d’aimer leur fils, et d’être fier de lui, comme le prouve Hal dans l’épisode Un pour tous (38 [2.22]).
Les parents de Malcolm sont comme tous les parents : ils ont des faiblesses. Évidemment, ils aiment énormément leurs enfants et ils le prouvent assez souvent, mais cela ne les empêche pas de nourrir des rêves dont ceux-ci ne font pas partie. Dans une mémorable séquence d’Il n’y a pas d’heure pour Halloween (18 [2.2]), Hal et Lois, qui se rebaptisent Raul et Consuela, volent la voiture customiséed’un voisin et s’imaginent en bandits de grand chemin, sans attaches, filant vers le Sud ! Malcolm lui-même, tout en étant le héros, n’est pas exempt de défauts : il peut se montrer très égocentrique et a une fâcheuse tendance à râler.
– Dewey bois ton lait !
– Mais il y a des bouts dedans…
– Alors, tu le mâches !
Ces différentes facettes, volontairement caricaturales, donnent vie à des personnages nuancés dont le caractère évolue au fil des épisodes et des situations rencontrées. Si Malcolm et Reese se disputent souvent, ils peuvent aussi s’allier pour faire face à l’adversité, souvent incarnée par Lois, ses redoutables explosions de colère et les punitions qu’elle leur inflige. Il faut avouer qu’ils peuvent facilement passer pour les pires des garnements, leurs âneries, souvent relevées d’un soupçon de malice, étant énormes. Mais on réalise rapidement qu’ils ont un bon fond : Malcolm, rongé par un fort sentiment de culpabilité, va désespérément chercher à se racheter dans l’épisode Honte [1.4]. Reese, malgré ses allures de brute, se révèle être finalement un gentil garçon qui protège ses frères dans la cour de l’école, comme on le voit dans Le grand méchant Reese (26 [2.10]), épisode qui nous en apprend beaucoup sur la personnalité et le rend tout compte fait aussi attachant que le reste de sa famille. Car si Malcolm n’est pas une série à morale, ce n’est certainement pas une amorale. Cette famille partage un certain nombre de valeurs primordiales, parmi lesquelles figurent en bonne place la franchise et l’honnêteté, comme l’illustrent les états d’âme de Hal, incapable de mentir pour sortir Francis d’un mauvais pas dans La nouvelle Tête d’ampoule (28 [2.12]). Pour citer Malcolm, « cette famille est peut-être grossière, bruyante et crado, et peut-être qu’elle n’a jamais honte de rien, seulement, avec elle, on sait au moins à quoi s’en tenir. Et quand j’ai un problème, ils sont toujours là ! » (Changement de famille [1.15]).
Cependant, si les scénaristes ont particulièrement soigné le développement de leurs personnages, il est paradoxalement amusant qu’ils ont volontairement fait l’impasse sur un certain nombre de « détails » les concernant. Ainsi, nous ignorons l’âge précis des enfants ainsi que la ville où ils résident et la nature du travail de Hal. Nous ne connaissons même pas leur nom de famille ! Ce « flou artistique » a plusieurs avantages car fournir ces indications, comme le souligne l’équipe de production, aurait inévitablement apposé aux protagonistes des étiquettes telles que l’appartenance à une ethnie, des origines, des motivations, voire une religion. De cette façon, la critique devient universelle et ces personnages haut en couleur forment une famille finalement très réaliste. Une famille où l’on s’aime sans se le dire, où les parents n’hésitent pas à s’écarter de leurs enfants pour vivre leur vie sentimentale, et où les garçons passent le plus clair de leur samedi matin à regarder des dessins animés en sous-vêtements. Pour reprendre les mots de l’acteur Bryan Cranston (Hal) : « Le public s’y reconnaît ! Les membres de notre famille vivent dans le chaos, piquent des colères et hurlent. C’est comme dans la vie ! Nous déformons tout cela, bien sûr, pour en tirer des effets comiques, mais je pense que le public s’y retrouve. »
Bryan Cranston définit ainsi le créateur de Malcolm : « Avec un nom comme Linwood, vous êtes soit un brigand, soit un humoriste. Il se trouve être un sacrément bon humoriste ! »
Malcolm est une de ces rares séries à reposer en grande partie sur les épaules d’un seul homme. Créateur, scénariste, et producteur exécutif, Linwood Boomer filtre tout ce qui est écrit, tout ce qui est tourné, la Fox lui accordant toute sa confiance de même qu’une très grande liberté.
Il faut dire qu’il ne sort pas de nulle part et peut être considéré comme un véritable pilier de la télévision. Étrangement, c’est en tant qu’acteur qu’il fit ses débuts la télévision, dans le rôle d’Adam Kendall, le mari aveugle de Mary Ingalls dans La petite maison dans la prairie. Expérience enrichissante puisqu’elle lui permit s’explorer ce qui le passionnait le plus : l’envers du décor. C’est ainsi que, bien des années plus tard, de scénariste régulier, il devint producteur exécutif de l’extraordinaire sitcom 3e planète après le soleil, où il acquit ses lettres de noblesse.
Effectivement, tout cela est déformé. Et si les auteurs se sont attachés à observer méticuleusement la vie de famille, c’est bien souvent avec une loupe exagérément grossissante. Il en résulte de nombreuses scènes délicieusement fantaisistes, comme l’extraordinaire numéro de patinage de Hal dans Le mot de trop [1.13], voire totalement improbables, comme la construction d’un robot tueur dans l’épisode éponyme [1.15], ou l’apparition soudaine (et éphémère) d’un nouvel enfant dans la famille, que Dewey nomme « Tête d’œuf », dans Les funérailles [1.11]. Sans oublier la formidable séquence où Malcolm voit sa famille comme une bande de singes hurlants, dans Honte [1.4]. Rarement une série se sera autant laissé aller dans une telle explosion de créativité débridée. Cependant, ces situations follement délirantes n’empêchent pas le public de se trouver de nombreux points communs avec cette famille pour qui « la vie est injuste » (life is unfair peut-on entendre dans la chanson du générique du début). Et c’est sur cette simple constatation que repose en grande partie le génie comique de Malcolm. Plutôt que d’écrire des histoires montrant comment chaque problème est résolu, les scénaristes ont compris l’intérêt réaliste et humoristique de mettre en scène des échecs et de montrer l’enchaînement des catastrophes quand rien ne marche comme on le voudrait.
Dewey qu‘est-ce que tu fais ?
– Je tue les microbes ! Je déteste les microbes !
– Le four aussi est plein de microbes.
– Tu ne crois pas que tu devrais le raisonner ?
– J‘attends qu‘il ait fini de nettoyer les carreaux.
Cet effet de réel ne serait pas possible si la réalisation ne suivait pas. Or, si Malcolm relève de la sitcom, c’est bien plus pour son fond que pour sa forme, tant cette dernière rompt avec bon nombre de conventions du genre. En effet, alors que la plupart des sitcoms sont enregistrées en public, sur une scène ouverte, avec plusieurs caméras fixes destinées à couvrir tout le champ et devant lesquelles se produisent les acteurs, Malcolm est pour sa part filmée sans spectateurs et en n’utilisant qu’une seule caméra, à la manière des séries dramatiques ou des films cinématographiques. Cette méthode de tournage a de nombreuses répercussions sur le résultat final. La plus fragrante pour le téléspectateur est l’absence de rires sur la bande sonore, puisque la production a eu le bon goût de ne pas ajouter d’hilarité préfabriquée. Outre le confort de visionnage accru, cela a le mérite d’apporter la preuve que les scénaristes ont suffisamment soigné l’humour de la série pour qu’il ne soit pas nécessaire d’indiquer au téléspectateur quand il est censé rire. Cela laisse d’autre part plus de place à l’accompagnement musical, particulièrement réussi, et qui achève de donner à Malcolm un aspect beaucoup plus luxueux que la plupart des productions du genre. Cette méthode de tournage particulière permet en outre de multiplier les décors. En effet, là où la majorité des sitcoms confinent leurs personnages dans quelques pièces (le bureau, le café, l’appartement, voire uniquement la salle de séjour), Malcolm multiplie les lieux de tournage, au profit de l’histoire qui s’en voit considérablement étoffée. Ainsi, en plus des nombreuses pièces de la maison, nous pouvons suivre les personnages à l’école, au supermarché où travaille Lois et même, comble du raffinement, en extérieur, ce qui reste fort rare dans le domaine des sitcoms. Si l’on adjoint à cela la possibilité, contrairement aux séries tournées en public, d’ajouter des effets spéciaux en postproduction, on conçoit aisément que le réalisateur d’un épisode de Malcolm dispose de bien de plus de liberté dans la pratique de son art. Cela se traduit à l’écran par une succession de plans originaux, qui soulignent à merveille l’action. De manière plus flagrante encore, la caméra a la possibilité de se glisser absolument partout, y compris par-dessus l’épaule de Malcolm qui peut aussi confier au spectateur, en s’adressant directement à l’objectif, son avis de la situation.
Cette caméra unique agit dès lors exactement comme un personnage à part entière, permettant au spectateur de pénétrer de plain-pied dans l’univers de la série, au réalisateur d’exercer pleinement son métier et, par la même occasion, de conférer à l’œuvre encore plus de réalisme et de drôlerie. (Avez-vous remarqué la façon dont, dans la plupart de sitcoms, les personnages s’agglutinent toujours tous du même côté de la table ?)
Ce réalisme est également très présent dans la vision du monde que propose la série. Malcolm s’inscrit dans une certaine lignée, héritière en quelque sorte de l’audace déployée dans Mariés, deux enfants, qui a su tirer parti de la causticité de cette dernière, tout en étant plus modérée et en adoptant, pour ainsi dire, un juste milieu (le fameux « in the middle » du titre original. Ainsi, nous l’avons vu, les scénaristes trouvent souvent le moyen de nous prouver que tout ce petit monde s’aime beaucoup, tout en ayant le bon goût d’éviter de verser dans un sentimentalisme écœurant. D’autre part, la famille n’est pas la seule dans la ligne de mire. Car si la série a choisi de s’attacher particulièrement au personnage de Malcolm, ce n’est pas par hasard. Il traverse en effet une période capitale et particulièrement délicate de sa vie puisqu’il passe de l’enfance à l’âge adulte, principalement lors de la deuxième saison. Et là encore, Malcolm parvient à aborder ce thème de manière différente des autres séries. Le fait que les aléas de la vie soient vus au travers de Malcolm lui-même rappelle évidemment l’illustre Les années coup de cœur, même s’il faut noter à ce sujet que si les deux séries pénètrent chacune dans l’intériorité du personnage, Kevin Arnold, des Années coup de cœur, revient a posteriori sur les événements, tandis que Malcolm ne bénéficie pas de la sagesse que peut lui apporter le recul, ce qui donne plus de piquant à ses réflexions.
Force est de constater que la plupart des séries mettant en scène des adolescents optent malheureusement souvent pour la facilité : la plupart des jeunes gens que nous montrent Dawson, Beverly Hills et consorts sont libres, beaux, entourés d’amis et multiplient les conquêtes. Il va de soi que l’adolescence de chacun ne s’est pas passée aussi bien, à commencer par celle de Malcolm, qui est notamment rejeté socialement à cause de son statut de surdoué. Le caractère envahissant de sa mère ne facilite pas les choses, comme s’attache à montrer l’épisode La nouvelle Tête d’ampoule (28 [2.12]), qui fait office de véritable charnière dans l’évolution de la série et de son personnage. En abordant ces thèmes d’une façon qui lui est tout à fait propre, Malcolm donne bien souvent à la guimauve un goût amer. Amer pour ses personnages mais, bien sûr, tout à fait délicieux pour le spectateur.
L’excellent thème musical du générique fut récompensé en 2001 par un prestigieux Grammy Award. Il est l’œuvre, de même que tout accompagnement musical des deux premières saisons, des They Might Be Giants. Ce groupe de rock indépendant, natif de Brooklyn, est composé de John Linnell et John Flansburgh, deux artistes qui ont su, tout au long d’une carrière de plus de vingt ans, conquérir un public restreint mais fidèle, ainsi qu’une certaine renommée. Pour découvrir leur musique, où un grand sens musical mêle habilement et avec humour des sons bigarrés à des textes sophistiqués riches en métaphores, rien de tel que l’album Dial-A-Song – 20 Years of They Might Be Giants, compilation rétrospective en deux disques sortie récemment aux États-Unis chez Rhino Records.
Yes – No – Maybe
I don’t know
Can you repeat the questionYou’re not the boss of me now
You’re not the boss of me now
You’re not the boss of me nowAnd you’re not so big
You’re not the boss of me now
You’re not the boss of me now
You’re not the boss of me nowAnd you’re not so big
Life is unfair
Oui – Non – Peut-être
Je ne sais pas
Répète un peu la questionCe n’est plus toi qui me commandes
Ce n’est plus toi qui me commandes
Ce n’est plus toi qui me commandesEt tu ne me fais pas peur
Ce n’est plus toi qui me commandes
Ce n’est plus toi qui me commandes
Ce n’est plus toi qui me commandesEt tu ne me fais pas peur
La vie n’est pas juste
La série n’a pas son pareil pour s’attaquer avec une étonnante lucidité aux usages et aux traditions les mieux établis. La religion elle-même fait les frais de l’épisode Honte [1.4], qui tourne en dérision les religions juive et chrétienne ainsi qu’un culte new-age, en mêlant allègrement les discours de leur représentants, mettant ainsi en évidence leur caractère passe-partout, dans une formidable séquence que ne renierait pas Flaubert.
Francis est le personnage qui démontre l’inutilité de l’armée, étouffoir de personnalité aux règles de disciplines absurdes. La série le met en scène en la personne du commandant Edwin Spengler (Daniel von Bargen), qui dirige l’institution militaire où végète Francis, un vieux de la vieille d’opérette affublé d’un bandeau sur l’œil, d’un bras artificiel qui se termine par un crochet et d’une jambe de bois qui grince. Spangler ne se déplace jamais sans une badine virevoltant sans cesse qui achève en beauté la caricature.
Mais la société civile et ses déficiences ne sont pas en reste. Car la famille de Malcolm ne roule pas sur l’or. Pour elle, il n’est pas question de partir en vacances dans un pays lointain ou d’aller souvent au restaurant. Plus que la plupart des autres familles télévisuelles, l’argent est souvent au centre des préoccupations. L’épisode le plus cinglant dans ce registre est certainement Ma mère, ce héros [1.9]. Lois perd son travail à cause de son intégrité et, puisque toute aide sociale lui est refusée, toute la famille est contrainte de se serrer la ceinture. Finalement, Lois sera obligée de sacrifier sa dignité pour retrouver son ancien emploi, afin de pouvoir payer les soins de santé de Hal. On a droit dans cet épisode à plusieurs remarques pleines de bon sens de la part de Malcolm qui vit mal cette subite pauvreté et est particulièrement embarrassé lorsque les élèves de son école organisent pour lui une collecte de nourriture. Car devoir se passer de loisirs ou d’un certain confort est déjà difficile, mais il faut en outre ajouter l’appréhension du regard des autres et l’angoisse de paraître différent, ce dont Hal fera les frais dans l’épisode Poker (49 [3.8]), lorsqu’il tente de faire bonne impression devant les amis d’Abe Kenarban (Gary Anthony Williams), Noirs comme ce dernier. Hal, le seul Blanc du groupe, est profondément bouleversé que ses partenaires au poker aient, pensons-nous, voulu montrer qu’il n’appartenait pas à leur monde à cause de sa couleur de peau. Ce n’est que vers la fin de l’épisode, lors d’une scène touchante entre Hal et Abe, que le spectateur comprend qu’il n’a jamais été question une seule seconde de racisme. Malcolm possède ce don inimitable de nous révéler la partie immergée de l’iceberg avec une intelligence rarissime qui l’éloigne définitivement des étagères bondées où sont classées les œuvres dites « politiquement correctes ».
De telles situations n’ont que rarement été exploitées dans le domaine de la sitcom (où sont les Noirs dans Friends ?). Qui plus est, les scénaristes, toujours avec finesse et humour, n’hésitent pas à régulièrement mettre le doigt sur certaines lacunes fondamentales de la société, faisant de Malcolm l’une des comédies les plus résolument subversives produites par la télévision américaine, sans même recourir, comme dans Les Simpson, à la distance sécurisante que peut procurer l’animation.
– Tu dois te calmer. Éteins ton cerveau.
– Mais on ne peut pas éteindre son cerveau !
– Bien sûr que si, je le fais tout le temps. Regarde.
– Tu ne peux pas éteindre ton… Reese ? REESE ?
– Ouah ! J‘ai été parti combien de temps ?
On a souvent comparé Malcolm aux Simpson, autre comédie à vocation satirique produite par la même chaîne (Fox). Cependant, si ce rapprochement peut paraître judicieux, Malcolm ayant certainement profité de la popularité de l’œuvre de Matt Groening pour assurer le succès de son lancement, il est finalement très peu pertinent sur le fond, les deux séries optant chacune pour un type d’humour assez différent.
Malcolm joue à fond la carte de la comédie de situation parfaitement animée, faisant feu de tout bois et exploitant à merveille toutes les petites choses de la vie courante, tandis que Les Simpson use beaucoup plus de l’humour parodique et, grâce à l’emploi de l’animation, exploite une palette d’effets comiques extrêmement variés qui ne pourraient pas fonctionner dans une sitcom filmée.
Pourtant, s’il fallait chercher un équivalent dans le monde du dessin animé, Malcolm s’approcherait plus de Bugs Bunny ou de Bip-bip et le Coyote. En effet, quel que soit le résultat des sottises de Malcolm et ses frères (réfrigérateur qui explose, maison détruite), tout semble rentré miraculeusement dans l’ordre dès l’épisode suivant et même avant la fin de l’épisode lui-même. Quand Dewey tente de stopper une roue de vélo tournant à une vitesse vertigineuse avec les dents, on imagine le pire qu’on ne nous montre pas d’ailleurs. Pourtant, dans la scène suivante, Dewey est en pleine forme ! De même, si les garçons sont impliqués dans un accident de la circulation, c’est grâce à la bande-son que nous comprenons sa gravité tandis qu’un pneu traverse l’écran en sautillant…
L’animation à la Simpson permet de nombreuses libertés : elle rend possible un certain détachement par rapport au réel et elle permet de figer ses personnages dans le temps. Les producteurs de Malcolm, eux, ont dû faire face à une importante contrainte : la croissance de leurs acteurs. Il leur a donc fallu faire grandir leurs personnages en conséquence, et donc changer progressivement les thèmes abordés par la série. Ils ont brillamment relevé le défi, puisque Malcolm continue au fil du temps à pratiquer un humour sans faille, sachant toujours piquer juste où il faut.
Cela tient sans doute à l’énorme travail effectué en amont de la série. Il est en effet frappant de voir à quel point Malcolm était aboutie dès ses premiers épisodes. Linwood Boomer et ses acolytes ont fait preuve d’une très grande maîtrise dès le début, à la fois dans l’écriture et dans la réalisation, ce qui explique le rapide enthousiasme des critiques. En observant l’évolution de la série, la qualité reste constante, même si les années (surtout la quatrième) ont amené les auteurs à recentrer quelque peu l’action autour du couple que forment Lois et Hal. Toutefois, cela ne dévalue en rien ce joyau de la comédie, arrivé à point nommé pour revitaliser un genre, à bout de souffle, par un rafraîchissant cocktail de réalisme et de fantaisie débridée, servi par des scénaristes malicieux, des réalisateurs inventifs et des acteur au jeu irréprochable
1. « Tête d’ampoule » est une traduction libre de « Krelboyne », surnom donné aux élèves qui fréquentent la classe de surdoués dans la VO. Dans le film La petite boutique des horreurs de Roger Corman (1960), Jonathan Haze jouait le rôle d’un jeune botaniste, Seymour Krelboined, aussi génial qu’asocial, qui créait une plante carnivore se nourrissant de chair humaine. En 1986, Frank Oz tourna une nouvelle version, avec Rick Moranis, où le nom du héros fut modifié (comme dans la nouvelle comédie musicale adaptée du premier film) en Seymour Krelborn. « Krelboyne » est une sorte de combinaison des deux noms et un clin d’œil au personnage des films.
Propos recueillis par Greg Dubos
Un génie comme Malcolm méritait une voix française intelligente et malicieuse. Celle-ci fut trouvée en la personne de Brice Ournac, jeune comédien talentueux. Si Frankie Muniz crève l’écran, Brice crève la « bande rythmo » ! Pour Génération Séries, il revient sur son parcours et sur cette série à l’humour merveilleusement servi par sa version française réussie.
Malcolm
Malcolm in the Middle
Sitcom américaine en 85 épisodes de 21 mn (4 saisons, 5e en production) diffusés depuis janvier 2000 sur Fox et depuis décembre 2001 sur M6.
Avec Frankie Muniz : Malcolm. Jane Kaczmarek : Lois. Bryan Cranston : Hal. Cristopher Kennedy Masterson : Francis. Justin Berfield : Reese. Erik Per Sullivan : Dewey. Catherine Lloyd Burns : Caroline Miller (1re saison).
Version française interprétée par Brice Ournac : Malcolm. Marion Game : Lois. Jean-Louis Faure : Hal. Cédric Dumond : Francis. Romain Douilly puis Donald Reignoux (à partir de la 3e saison) : Reese. Kelvine Dumour : Dewey.
Créée par Linwood Boomer. Producteur exécutif : Linwood Boomer. Coproducteurs exécutifs : Bob Stevens, Neil Thompson, David Richardson, Gary Murphy. Coproducteurs exécutifs (à partir de 2003) : Michael Borkow, Matthew Carlson, Michael Glouberman, Rob Hanning, Andrew Orenstein, Alex Reid, Rob Ulin. Producteurs : David Richardson, Alan J. Higgins, Ken Kwapis, Andrew Oreinstein, Alex Reid, James Simon, Gordon Wolf. Musique : John Linnell, John Flansburgh (They Might Be Giants). Une production 20th Century Fox Television en association avec Regency Television et Satin City Productions.
[Note de Malcolm France : Le magazine Génération Séries a proposé dans ce dossier un guide complet des épisodes contenant une indication des épisodes à ne pas manquer. Nous vous proposons ci-dessous la liste de ces épisodes cultes selon la rédaction de Génération Séries.]
Le trimestriel dédié aux séries télévisées consacre un dossier complet à la série déjantée de Linwood Boomer !
« C’est super de jouer un agent secret ! »
Du haut de ses 18 ans, l’adolescent de « Malcolm » a pris de l’assurance. Il joue au cinéma un jeune espion et souhaite figurer dans la suite de « Fast & Furious ».